L'art sacré en province de Cuneo du roman au néogothique

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Archange Michel - Pagno (Vallée Bronda)
Église de San Giovanni (tombeau du Marquis Ludovico II) - Saluzzo
Vierge de la Clémence par Hans Clemer - Saluzzo
Église de Santa Croce - Cuneo
Ph. E. Bono - Basilica Regina Montis Regalis - Vicoforte

LE ROMAN
Si l'on observe rapidement l'histoire, on remarque que la diffusion du christianisme à l'époque lombarde (même tardive) a contribué à la renaissance artistique et architecturale.

Seules quelques ruines témoignent de ce qui avait était édifié avant l'an Mille : les monastères de San Dalmazzo di Pedona (aujourd'hui Borgo San Dalmazzo), San Colombano à Pagno et San Constanzo al Monte à Villar San Costanzo furent édifiés en style roman après l'an mille suite aux destructions des Sarrasins.

L'art Roman, qui s'était développé dans l'Europe Occidentale au cours des deux premiers siècles du deuxième millénaire, connut dans la province de Cuneo une longue saison artistique. Le roman naquit sur des éléments anciens et exerça son influence y compris quand un nouveau style arriva de France : le gothique. Une myriade d'églises commença à se répandre des vallées à la plaine, rajoutant ainsi au paysage de nombreux et solides clochers. Ces églises, souvent édifiées avec des matériaux anciens, réussirent à allier les influences européennes aux styles locaux. Des chapiteaux, des sculptures et des fresques enrichirent les édifices religieux et leur donnèrent un aspect massif et perspectif.

Outre les témoignages architecturaux, on trouve également les témoignages des arts plastiques et de la sculpture présents en partie dans plusieurs édifices religieux comme S. Costanzo al Monte, S. Dalmazzo di Pedona et l'ancienne église paroissiale SS. Filippo e Giacomo de Verzuolo.


LE GOTHIQUE
Lignes hautes et élancées, arcs en ogive et contreforts, profondeur des lignes verticales sont autant de nouvelles formes architecturales du XIIIème siècle que l'on retrouve dans une zone marécageuse près de Saluzzo : Staffarda. Là-bas, les moines cisterciens avaient édifié une abbaye dédiée à Sainte Marie où des éléments romans se mêlèrent à des éléments d'origine gothique.

La diffusion de "ce style monstrueux et barbare introduit par les Goths", comme le définit avec mépris Vasari, se fera plus tardivement en italie, sauf quelques exceptions, alors que le gothique européen subit déjà ses dernières heures dans le reste de l'Europe. Un bon exemple de gothique primitif est l'église San Francesco à Cuneo, caractérisée par une structure du XIIIème siècle. L'église San Giovanni à Saluzzo remonte au contraire à la moitié du XIVème siècle.

Au XVème siècle, les édifices gothiques devinrent toujours plus imposants et se caractérisèrent par de vastes façades. Des bandes d'encadrement, des sculptures et des portails imposants. A cette période remontent aussi les églises de Rossana, Revello et Saluzzo, toutes dédiées à Notre-Dame de l'Assomption.

Un retard culturel par rapport au reste de la péninsule, compensé cependant par la créativité des artistes locaux, caractérisa la sculpture et les arts plastiques qui, n'ayant pas de modèles originaux, suivirent d'autres influences, surtout ligures et provençales grâce aux voyageurs qui parcouraient les routes de la province de Cuneo.

Au XVème et au XVIème siècle, on assista à une importante saison picturale, marquée par le gothique international et flamboyant. Des cycles de la passion et de la vie des Saints étaient représentées un peu partout comme sur les vêtements, sur les visages et sur les paysages locaux. La chapelle de San Fiorenzo à Bastia Mondovì et le presbytère de l'Église Santa Maria de Elva, en Vallée Maira, peint à fresque par Hans Clemer, hébergent les cycles picturaux les plus célèbres.


DU BAROQUE AU NÉOGOTHIQUE
A la fin de 1616, une fois terminé son long séjour à Rome, le peintre Giovanni Antonio Molineri de Savigliano revint avec un nouveau style pictural : le réalisme du Caravage. La Province de Cuneo, en avance sur son temps, introduisit cette technique à l'intérieur des frontières instables du duché de Savoie. A la mort de Molineri en 1653, son élève flamand Jan Claret repris le flambeau.

Pendant la deuxième moitié du XVIIème siècle, le Piémont connut l'affirmation d'une nouvelle forme artistique : le baroque. Plusieurs artistes et donc différentes inspirations arrivèrent de Turin (Vitozzi, Guarini, Juvarra, Vittone, Quarini). Les artistes locaux s'unirent aux architectes de la capitale de Savoie  : Negri di Sanfront, Boetto, Taricco, Gallo.


Gallo laisse, en particulier, une marque importante dans toute l'architecture religieuse et civile de la Province. L'idée de penser à une spatialité des édifices dynamique, scénographique et très riche en décors se développa d'une façon assez uniforme : les églises anciennes furent redessinées, les décors en stuc et les ornements, les jeux de perspective, les chromatismes, les espaces fastueux à trompe-l'œil caractérisèrent les nouveaux édifices et modifièrent les anciens.


Il s'agissait d'une complexe machine scénographique, synthèse de tous les arts mise au service d'un fidèle étonné et émerveillé pour lui transmettre l'idée de la transcendance. Une fois achevé, ce renouvellement global du XVIIIème siècle commença à céder moins d'espace à l'imagination et à s'approcher des formes plus rigoureuses et linéaires du classicisme.